Nous travaillons aujourd’hui dans un bel environnement considéré comme agréable et attractif. Oui, la décoration a été réalisée par le Crédit Agricole mais le bâtiment et ses environs ont évidemment une histoire bien plus ancienne.

En cette période de rentrée, je vous propose donc de vous raconter l’histoire de la rue puis du 9 rue Antoine Chantin.

Antoine Chantin, horticulteur :

Antoine Chantin exerçait la profession d’horticulteur et de pépiniériste. Passionné par les plantes, il s’est orienté vers des essais de multiplications difficiles. Il s’installe avenue de Châtillon (aujourd’hui avenue Jean Moulin) et fait donc pousser à l’endroit où se situe CACD2 des plantes de serre : Caladium, palmiers, Cycadales, Pandanacées et fougères.

Avec le second propriétaire des terrains alentours, Monsieur Desagnat, ils décident de « faire ouvrir sur leurs terrains une rue entre l’avenue de Chatillon et la rue des Plantes », selon un rapport de l’Ingénieur Ordinaire du Service Technique de la Voie Publique et Éclairage du 05 Avril 1906.

Puisque Monsieur Desagnat possédait un peu moins de terrains, la rue portera le nom de Chantin.

La rue créée, les parcelles peuvent être vendues, celle du 9 le sera à Joseph Ferenczi (dont nous parlerons dans quelques lignes) qui commandera un bâtiment sur deux étages avec un sous-sol à l’architecte Georges Albenque en Avril 1914.

Georges Albenque, architecte : 

Gorges Albenque travaillait fréquemment avec un autre architecte, Eugène Gonnot qui a réalisé le 7 rue Antoine Chantin. Ils sont connus pour avoir mené à bien la « Cité des Jardins de Stains » (HBM : Habitations Bon Marché) ainsi que le « Hameau du Danube » dans le 19èmearrondissement qui leur permis de remporter le concours de façades de la ville de Paris en 1926.

Ferenczi, Maison d’éditions

Ferenczi, puis J. Ferenczi & fils était une maison d’éditions française fondée en 1870 par Joseph Ferenczi, éditeur français d’origine hongroise.

Après quelques publications grivoises qui lui valurent des procès, Ferenczi réoriente sa politique éditoriale à partir de 1908. Presque 40 ans de gaudriole avant de faire de sa maison l’un des acteurs majeurs du genre « Roman Populaire » (à deux sous, vendus dans les gares) et du roman illustré durant la première moitié du XXème siècle en œuvrant dans tous les domaines : fantastique, policier, science-fiction, aventure, sentimental, jeunesse, romans-cinéma.

 

En 1912, les éditions Ferenczi lancent la collection « Le Petit Livre » qui fut un grand succès, mais, ne pouvant se contenter des publications populaires, la maison se lance dans une collection de romans dits « littéraires » en 1923 avec la collection Le Livre Moderne Illustré qui accueillit en son sein des auteurs prestigieux tels que (accrochez-vous, vous en connaissez certains et ils pourraient vous hérisser le poil) : Georges Duhamel, Francis Caro, les frères Rosny, Céline, François Mauriac, Gabriel Chevallier, Rachilde (fière détentrice d’une « permission de travestissement »), Colette (qui y dirige une collection), Marcel Allain (Fantômas), Simenon (Commissaire Maigret)…

Joseph Ferenczi décède en 1934, laissant la direction à ses fils Henri et Alexandre qui sont forcés de quitter Paris en 1940.

Occupation allemande 

La maison est alors aryanisée en Janvier 1941, la gérance est d’abord confiée à Jean de la Hire, un romancier très prolifique et populaire de la première moitié du XXème siècle mais dont le passage à la collaboration sous l’occupation vient durablement entacher son nom, faisant tomber son œuvre dans l’oubli après-guerre. Selon les sources, il démissionne ou est remercié en Décembre 1941, les Allemands rachètent le fonds, le transformant alors en outil de propagande sous le nom des « Éditions du Livre Moderne ».

Fin 1944, la maison et ses murs sont rendus à leur propriétaire légitime Henri Ferenczi qui continuera ses activités jusqu’à sa disparition en 1964.  

Après avoir balayé rapidement un peu plus d’un siècle d’histoire à la Manufacture, il ne me reste qu’à vous souhaiter une bonne rentrée.

 

TO BE CONTINUED… 🙂